Faja de Escuzana et Faja de las Flores – Vire de l’Escuzana et vire des fleurs

On quitte provisoirement la Haute-Savoie pour un récit de randonnée dans les Hautes-Pyrénées. Ça faisait longtemps que je rêvais d’aller mettre le pieds sur les vires du canyon d’Ordesa situé derrière le cirque de Gavarnie. Les photos de la vire des fleurs ou Faja de las Flores, la plus connue, longue de 3.7 km, me faisaient de l’oeil depuis longtemps. Sa « voie normale » au départ d’Ordesa emprunte un système de vires et via ferratas, les Claviras (clous plantés dans le rocher « facilitant » l’ascension), mais impose d’aller jusqu’à Ordesa. Il y a donc une autre solution qui consiste à suivre un autre système de vires au départ du col de Tentes à Gavarnie en passant par la Forqueta de Gabieto et la Faja de Escuzana ou vire de l’Escuzana.

Faja de Escuzana

7h50, départ du col de Tentes (2208 m) après une nuit dans la voiture du coté de la station de ski des Espécières. Il a un peu plu pendant la nuit et le Port de Boucharo est encore dans les nuages. J’ai hésité un moment avant de partir car la randonnée envisagée n’est pas trop conseillée en cas de visibilité réduite. Mais comme la météo annonce une amélioration dans la journée, je me lance. Il y a déjà beaucoup de monde sur le parking malgré cette météo incertaine.

Arrivé au Port de Boucharo (2270 m), c’est quasiment le brouillard : les nuages remontent de la vallée de Bujaruelo et la visibilité est réduite. J’hésite toujours à poursuivre vers la Forqueta del Gabieto car il faut quand même avoir une bonne visibilité pour franchir les barres rocheuses situées sous le port et sous la Forqueta.

Vu qu’il y a quelques trouées dans les nuages et que l’on semble deviner un relatif beau temps derrière, j’engage la descente vers la première barre à franchir. J’emprunte le premier sentier évident sur la gauche qui mène vers cette barre. Il s’avère en fait qu’il mène un poil trop haut. On arrive a par ce sentier au pied d’une cheminée qui n’est surement pas trop difficile mais qui ne ressemble pas aux photos du passage que j’avais pu voir.  Il faut en fait descendre quelques dizaine de mètres plus bas en suivant la base des rochers jusqu’à une vire évidente avec un petit cairn à son sommet (pas facile à voir dans les nuages !!).

La vire est facile à remonter et on débouche au dessus dans une zone d’éboulis sous le pic Les Tourettes (2633 m). Un sentier plus ou moins visible mène jusqu’à un replat, la Sima de Bujaruelo. Avec les nuages il n’est pas évident de repérer les cairns mais à partir de là le sentier devient nettement plus évident et la couverture nuageuse se fait moins dense.

Il suffit de suivre ensuite le sentier qui va ensuite se diriger vers le fond d’un vallon dominé par la Forqueta del Gabieto (2520 m). Cette « fourchette » est en fait une série de dents rocheuses situées entre le Pico la Escusaneta et les Pics des Gabiétous, qui semblent infranchissables lorsqu’elles apparaissent à la vue pour la première fois. En fait le chemin remonte dans les éboulis sur la droite du vallon et se fait de plus en plus raide pour rejoindre une échancrure dans les blocs sommitaux. Les derniers mètres sont raides mais ne présentent pas de difficultés.

Arrivé au sommet, la vue est magnifique sur la vallée du Bujaruelo, les Pics des Gabiétous (Picos del Gabieto – 3035 m), la Punta Los Mallos (2827 m), la Punta Escusana, la Punta Mondaruego (ou Punta la Catuarta – 2845 m), sur le Narronal de Mondarruego et bien sur, sur la vire de l’Escuzana (ou Faja de Escuzana). Vue d’ici, celle ci est impressionnante !

Le passage qui suit n’est à pratiquer que par bonne visibilité. Il faut en effet descendre légèrement sur la gauche puis effectuer une bonne traversée dans des blocs qui surplombent une barre rocheuse de laquelle il faut éviter de sauter. Ce n’est pas difficile mais il faut bien suivre les cairns et quelques marques blanches qu’il est déjà difficile de repérer par beau temps. Quoi qu’il en soit il ne faut jamais trop descendre. Le sentier a plutôt tendance à remonter légèrement tout le long de ce passage.

On arrive au final au fond du vallon situé entre les Pics des Gabiétous et la pointe de Los Mallos. Particularité de ce vallon : il est littéralement séparé en deux par les types de roches qui le composent. A gauche les roches jaunes des Gabiétous, à droite les roches grises de la Punta de Los Mallos. Un sentier remontant ce vallon permet d’atteindre les Gabiétous.

D’ici la trace vers la vire de l’Escuzana est évidente. Il suffit de remonter légèrement à flanc dans les éboulis. Après environ 1h30 de marche, me voici à l’entrée de la Faja de Escuzana (2740 m).

Une fois sur la vire, il n’y a plus qu’à suivre celle-ci pour aller jusqu’au bout. La vire est assez large et il n’y a pas de grosse sensation de vide. Le chemin monte et descend en suivant le repli au pied de la falaise. Derrière moi les rayons de soleil commencent à illuminer la Punta Escusaneta et la Forquetta. On passe de temps en temps sous des petites cascades. Il y a pas mal d’eau qui coule. C’est surement dû à la pluie de la veille.

Après 1h – 1h30 d’avancée sur la vire, on arrive au « crux » de celle-ci : deux petits mètres d’escalade sur une roche qui peut être rendue glissante par l’humidité. J’ai quelques hésitations dans la méthode pour franchir ce pas car les prises tout en adhérence sont mouillées, mais je fini par franchir la petite barre et me voici arrivée à la sortie de la vire. Je débouche enfin au pied du col situé entre l’Escuzana et le Mondarruego.

A cet endroit, j’avais comme projet initial de relier une autre vire : la Faja del Tardiador décrite sur un topo de Rando Editions. Celui-ci indique qu’il faut remonter les pentes herbeuses sous le col pour rejoindre un replat clairement visible. Les pentes herbeuses ressemblant plus à des éboulis, et le temps étant encore incertain, je remets l’exploration à un autre jour et choisit de remonter au col pour ne pas perdre de temps et louper le potentiel soleil sur la vire des fleurs que je tiens à faire par dessus tout. Le sentier remonte également dans les éboulis mais au moins il est tracé !!

Ça monte raide mais ça se fait assez vite. Au col, nouveau point de vue magnifique sur le plateau de la Catuarta (2425 m) et l’ensemble des sommets du Parc National d’Ordesa et du Mont Perdu. Manque de chance, la plupart sont encore dans les nuages…. J’ai déjà un apperçu de la vire qui m’attend tout en bas au départ du vallon d’Aguas Tuertas (ou vallon de Salarons – 2350 m).

Je ne m’arrête pas et poursuis jusqu’au sommet de la Punta Mondarruego (ou Punta la Catuarta – 2845 m). Je domine le cratère, occupé par un petit lac, de La Olla del Narronal. J’aurais dû, d’après le topo, traverser à flanc ce cratère pour rejoindre le départ de la faja del Tardiador. Tout cela me semble quand même assez caillouteux et les nuages m’empêchent de distinguer le départ de cette faja. Je ne m’arrête pas et entame la descente par l’arrête sud-est du Mondarruego. Il n’y a pas de sentier balisé ni de cairn mais j’ai vu sur internet que l’on pouvait descendre facilement par là.

Il suffit de suivre cette crête sans s’en écarter jusqu’à ce qu’elle se divise en deux partie après un petit ressaut rocheux à désescalader (facile). Je poursuit ensuite ma descente dans un vallon herbeux. Ne sachant pas par où passer je reste sur la gauche de celui-ci. Il va s’avérer qu’il faut en fait plutôt tirer sur la droite. On rejoint au final un replat qui surplombe une barre rocheuse d’une dizaine de mètres de haut.

Je cherche pendant un moment un passage dans celle-ci. Il y a en fait un cairn assez discret qui indique une cheminée sur sa droite qui en permet le franchissement. Il ne semble pas y avoir d’autre passage pour descendre. Faire donc bien attention en cas de brouillard !!

Me voici enfin arrivé en dessous d’Aguas Tuertas au pied de l’accès à la Faja de las Flores. Si je suis resté seul pendant 5h30, temps nécessaire pour arriver jusque là, je commence à croiser quelques marcheurs espagnols qui arrivent du fond du canyon d’Ordesa.

Faja de las Flores

Depuis le bas de la précédente barre rocheuse, il suffit de viser en face un passage herbeux qui mène au départ de la Faja de las Flores ou Vire des Fleurs (2380 m). Je commence à croiser quelques Edelweiss.

A partir de ce point, je vais marcher pendant 3.7 km, au milieu de la falaise, avec de magnifiques points de vue sur la vallée d’Ordesa, le Tozal del Mallo (2254 m) que j’ai à peine pu entrevoir entre deux nuages lors de la descente du Mondarruego, puis sur le massif du Tobacor.

Cette vire est beaucoup plus étroite que celle de ce matin et est plus impressionnante. Il n’y a par contre aucune difficulté technique. C’est un sentier horizontal avec un peu de vide en dessus et en dessous :-). Il faut juste ne pas trop s’approcher du bord ;-).

Je marche une petite demi-heure, passe sous un gros bloc souvent pris en photo, dépasse un groupe d’espagnols en train de pique-niquer, puis fait de même dans la « combe » suivante. Quel régal de manger au dessus du canyon d’Ordesa !! Le soleil a fait son apparition et les couleurs commencent à être sympas ! J’ai même droit aux vautours qui viennent voir si je ne suis pas mort :-).

La vire est assez longue et offre de nombreux méandres sous la Punta Gallinero et le Pic Mondarruego (2746 m). Il y a entre 100 et 200 m de gaz jusqu’au gradin suivant. L’ensemble surplombe le fond du canyon de près de 1000 m !!

C’est vraiment beau.

Après deux heures de marches entrecoupée de nombreuses pauses photos et vidéos, le bout de la faja de las flores se fait sentir. On débouche enfin sur le plateau de Cotatuero et sa cascade. La vue est magnifique sur la Punta Tobacor (2779 m), et les trois sœurs : Cylindre du Marboré (3325 m), Mont Perdu (3348 m) et Soum de Ramond (Pic de Anisclo – 3257 m) qui sont également dans les nuages.

Il est 15 h quand j’arrive au bout de la faja. Je passe devant quelques champs d’Edelweiss et je rejoint enfin le carrefour, matérialisé par des cairns, qui mène à Cotatuero vers la droite et un plateau karstique surmonté d’une cabane de berger que je n’ai pas vue sur la gauche. Je croise trois Isards qui se laissent bien approcher. Malheureusement le téléobjectif est dans le sac, et j’ai la flemme de le sortir… J’avais prévu de bivouaquer dans le coin (où sur le plateau d’au dessus) pour aller du coté de la Tour du Marboré le lendemain mais la météo pessimiste me pousse à rejoindre le refuge des Sarradets.

C’est donc parti pour une longue remontée vers la Brèche de Rolland que l’on peu voir droit devant. Il faut d’abord contourner par la gauche le premier plateau qui est barré par de nombreux lapiaz. Une fois sur l’herbe sous le col de la Catuarta, il faut repartir sur la droite puis franchir un escarpement facile. Il faut juste repérer les bons cairns en se basant sur la direction probable que l’on doit suivre pour rejoindre la brèche. On arrive sur le plateau de San Fertus (Plano de San Fertus ou de Narzisco ). C’est un genre de lac totalement vide et plat entouré de barres rocheuses.

Il semblerait qu’il y ai un passage droit devant mais ça ne me semble pas évident. Je choisi donc de prendre une option sur la gauche qui me semble plus accessible. J’arrive alors sur un nouveau plateau au pied du dernier ressaut final sous le Casque du Marboré (El Casco – 3011 m) et la grotte Casteret (2650 m). Je peux enfin voir le Mont Perdu (3348 m) qui vient de sortir des nuages ! Je croise de loin deux personnes qui vont directement vers les cairns matérialisant la cheminée que j’ai préféré éviter. Et apparemment j’ai bien fait car je les voit tourner un moment pour trouver un passage ailleurs.

De là il y semble-t’il beaucoup de solutions pour rejoindre la brèche : il y a des cairns dans tous les sens !!!! Les principaux semblent mener à droite vers la grotte glacée de Casteret mais c’est très raide et il faut grimper ensuite jusqu’au pas des Isards ; d’autres partent plus vers le nord, nord-est dans un chaos de rochers blancs, direction qui parait plus directe pour la brèche. Je tente donc les rochers !

Au bout d’un moment on récupère un sentier dans les éboulis au pied de la brèche et du Casque. Mes jambes commencent à donner des signes de fatigue et je fait donc quelques pauses. C’est l’occasion d’observer le manège de l’hélicoptère du PGHM qui tourne pendant un moment autour du Casque et va finalement se poser sur le sommet au dessus de la grotte. C’est bizzare de voir un hélico perché là. Je continue ma route. Petite traversée de torrent puis remontée pénible dans des éboulis qui vous font descendre tout ce que vous essayez de monter. Finalement au bout de 2h00 de montée, je rejoins la Brèche de Rolland (2804 m) par la gauche. Il est 17h30 et il n’y a plus grand monde. Pas comme d’habitude !!!

J’entame la descente vers le refuge des Sarradets. Je bloque un petit moment au dessus d’un passage rocheux glissant (gravillons) car il y a trois espagnols plantés là dont un qui est assis juste à son pied pour enlever les crampons que son groupe à utiliser pour remonter le « glacier » et que j’aimerai bien qu’il se pousse un peu. Ils ont l’air de croire que je ne suis pas à l’aise…. et me tendent un bras pour m’aider à descendre. Pas de commentaires. Ils ont du halluciner de me voir descendre avec mes trails dans la neige ! Il suffit de descendre calmement et aucune glissade à déplorer. Petite photo traditionnelle une fois arrivé sur le replat sous le névé et je descend rapidement dans les pierriers qui mènent au Refuge de la Brèche de Rolland (ou refuge des Sarradets – 2600 m).

Septembre 2014 – Le névé est « petit » mais bien là

Aout 2012 – Le glacier a disparu !

Aout 2010 – Le névé/glacier était bien présent !

Arrivé au refuge, je vais voir les gardiens pour voir s’il est possible de dormir là. Le refuge est complet mais coup de bol, deux personnes ont annulé et je peux donc avoir une place. Ca va m’éviter de planter ma tente sur les emplacements de bivouac dans les cailloux où de faire encore 1h30 de descente. Le repas est sympa et très copieux mais c’est assez bruyant avec 55 personnes attablées dans le réfectoire.

Petite nuit « animée » avec tout ce monde, petit déjeuner basique, et c’est la redescente vers le col de Tentes. Ca coule bien au passage de la cascade mais ça ne glisse pas trop. Puis c’est le long retour sur le plateau des Gabiétous. Ce matin tout est sous les nuages  qui sont à une altitude d’environ 3000 mètres. Je ne regrette donc pas de ne pas avoir tenté un sommet du cirque de Gavarnie car la visibilité aurai été très réduite. Je regagne enfin le Port de Boucharo puis le col de Tentes où je récupère la voiture après cette longue randonnée d’environ 12 heures pauses comprises.

Le parcours.

Vous pouvez visualiser le parcours réalisé à cette adresse. La trace GPS est bien sur fournie à titre indicatif et a été fait à postériori à la main sur le site openrunner. Elle n’est donc absolument pas exacte et ne saurait engager l’auteur de ce récit. Cet itinéraire demande tout de même un bon sens montagnard qui ne peut s’acquérir qu’avec l’expérience et n’est à envisager qu’avec une météo adaptée (rochers secs et visibilité minimale).

Liens.

Vous pouvez retrouver ces deux vires sur le site de Mariano, grand spécialiste des Pyrénées :

Edit 2015 :

Topos :

Photos.

Le randonneur fou sur la vire des fleursRetrouvez le reportage photo de la Faja de l’Escuzana et de la Faja de las Flores

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